Ce que les entreprises et les communautés attendent de la microfinance en matière d'assainissement

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WaterAid/Basile Ouedraogo - Janvier (41) at his sanitation shop next to a plaque with pictures and a hand washing device that he made to raise awareness of sanitation and hygiene in Bagassi, Burkina Faso.

Que devons-nous encore apprendre pour que la microfinance fonctionne dans le domaine de l'eau et de l'assainissement ? Rémi Kaupp, conseiller du programme d’assainissement urbain et de résilience à WaterAid Royaume-Uni, réfléchit à la question du point de vue des entreprises, des fournisseurs et des communautés.

Lors de la Semaine mondiale de l'eau de cette année, j'ai participé à un panel organisé par Water.org, pour discuter de « l'état de la base de preuves pour la microfinance WASH », ou, en d'autres termes : que devons-nous encore apprendre pour que la microfinance fonctionne dans le domaine de l'eau et de l'assainissement ? Parmi les autres intervenants figuraient Sophie Trémolet (Banque mondiale), Chris Dunston (Fondation Hilton) et Deborah Foy (Opportunity International).

Les questions du public ont été utiles pour évaluer ce qui peut inquiéter les investisseurs (par exemple, la durée de recouvrement des prêts, les impacts à attendre). Mais j'ai voulu apporter d'autres points de vue, notamment celui de ceux de qui utilisent la microfinance, sur la base des commentaires que j'ai vus et entendus précédemment. Chacun de ces points de vue nous a conduit à des questions qui méritent d'être approfondies.

1. Le point de vue des entreprises : s'agit-il du bon type d'argent ?

Nous avons vu des entreprises du secteur de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène (EAH), comme les entrepreneurs vidangeurs de boues à Dar es Salaam, recourir à des prêts de microfinance pour développer leur activité, par exemple pour acheter de nouveaux équipements et couvrir des zones plus vastes. En fait, nous avons constaté que les prêts provenant de fournisseurs établis dans la microfinance, malgré un taux d'intérêt beaucoup plus élevé, étaient plus souhaitables et plus efficaces que les prêts bancaires (qui n'étaient pas assez flexibles) et les prêts de fonds renouvelables que nous avions créés (qui avaient une longue période de remboursement).

Pourtant, les prêts ne sont généralement pas le meilleur moyen de soutenir une nouvelle entreprise : les start-ups ont besoin de capital d'amorçage, d'investissements initiaux et d'investisseurs prêts à partager une partie des risques. Le financement actuel comprend généralement des subventions d'ONG avec de lourdes exigences en matière de rapports, et des prêts qui empêchent de sauter par-dessus la « vallée de la mort ». Comme je l'ai déjà écrit avant : « En règle générale, si vous avez entendu parler d'une "entreprise" d'assainissement, il est probable qu'elle soit fortement subventionnée, ce qui ne reflète pas les rêves d'une "Silicon Valley de l'assainissement". » Le récent « Toilet Accelerator » de la Toilet Board Coalition contribue à combler cette lacune.

2. Le point de vue des fournisseurs : comment le secteur WASH peut-il être sexy ?

Un autre type de prêts WASH est celui mis à la disposition des ménages pour leur permettre d'acheter un raccordement à l'eau ou des toilettes. Il a souvent été difficile de convaincre les institutions de microfinance d'accorder de tels prêts : ils sont plus importants que de nombreux prêts aux petites entreprises, mais n'augmentent pas les revenus de l'emprunteur à court terme, et sont donc perçus comme plus risqués. En outre, il est plus difficile de reprendre possession de toilettes ou d'un point d'eau que d'une maison, de sorte que les prêts WASH offrent moins de sécurité au prêteur.

La question est donc la suivante : comment rendre les prêts WASH plus attractifs ? Plusieurs innovations sont prometteuses. Par exemple, notre partenaire WaterSHED au Cambodge, déjà en première ligne du marketing des toilettes, vend maintenant le Paradise Shelter, une superstructure de toilettes en kit qui peut être installée rapidement à un prix inférieur à celui des structures habituelles, et qui peut aussi être reprise rapidement si un emprunteur ne rembourse pas son prêt.

Un autre secteur en plein essor est celui de l'assainissement par conteneur, où les résidents paient un faible coût initial pour installer des toilettes avec un conteneur remplaçable, puis paient une petite redevance régulière pour les faire vider de manière hygiénique lorsque cela est nécessaire. Ce modèle d'« assainissement sous forme de service » ne cesse de se développer au Kenya, en Haïti, au Ghana et à Madagascar. Le coût initial moins élevé facilite grandement la tâche des ménages qui souhaitent contracter un prêt et celle des prêteurs qui souhaitent investir.

3. Le point de vue des communautés : s'agit-il seulement de services WASH ?

Auparavant, j'ai travaillé en étroite collaboration avec Slum Dwellers International, un réseau d'habitants de bidonvilles, et la Asian Coalition for Housing Rights, un réseau d'organisations communautaires travaillant sur la pauvreté urbaine. L'une des idées que j'ai apprises d'eux est que le secteur WASH est essentiel mais « en fin de compte, ce n'est qu'un autre morceau d'infrastructure ». Ils ont utilisé des fonds communautaires et des fonds de la ville pour fournir des micro-prêts aux résidents pauvres, qui ont entrepris toute une série d'améliorations, telles que l'enlèvement des ordures, le transport, les toilettes, le revêtement des routes, la rénovation des maisons…

Selon eux, le secteur WASH n'est pas une entreprise distincte, mais fait partie d'un ensemble plus vaste de travaux d'amélioration de l'habitat ou de travaux publics. Il est donc contre-productif d'avoir des « prêts WASH » distincts qui restreignent les emprunteurs. Selon leur expérience, il est plus utile de fournir des prêts pour l'amélioration de l'habitat, par exemple. Cela va à l'encontre des souhaits des ONG du secteur WASH comme la nôtre, qui veulent concentrer leurs efforts sur une seule problématique, mais ce n'est pas la réalité de la vie urbaine.

Se concentrer sur une seule problématique cache également une vérité dérangeante : l'amélioration des infrastructures de base dans les zones d'habitat informelles et souvent illégales n'est pas neutre, c'est une déclaration politique, souvent le premier pas vers la sécurisation de la tenure. Les organisations d'habitants des bidonvilles l'ont compris et considèrent leurs fonds et la microfinance comme des outils permettant de créer une action communautaire et des améliorations communes. Les prêts spécifiquement destinés au secteur WASH risquent de fragmenter cette action.

Et encore et toujours : l'équité

Un dernier souci pour moi est de savoir comment la microfinance aide uniquement les « travailleurs pauvres » qui ont des revenus suffisants pour rembourser un prêt. Nous devons faire mieux pour les familles les plus pauvres (par exemple, l'inspirant programme BRAC WASH qui combine des prêts et des subventions pour les plus pauvres). Nous avons récemment examiné comment les subventions peuvent être plus intelligentes et nous devons encore trouver des moyens créatifs de rendre l'assainissement abordable pour les plus pauvres.

Retrouvez Rémi sur Twitter : @remkau