Le HandyPod : assainissement pour les communautés flottantes au Cambodge

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WaterAid/James Wicken

La construction de systèmes d'assainissement sûrs et durables est un défi énorme pour de nombreuses communautés pauvres, mais lorsque des maisons sont construites sur l'eau, une nouvelle dimension est ajoutée. James Wicken, représentant de WaterAid au Cambodge, s'intéresse à une nouvelle solution au problème des villages flottants du Cambodge.

Aujourd'hui, au Cambodge, le temps est étouffant. Il tonne, et tout le monde espère que les pluies de mousson vont enfin commencer, apportant la saison des pluies et les inondations annuelles, qui font gonfler les rivières, inverser le cours du Tonlé Sap, et agrandir les lacs et les étangs. Bien que très attendues, les pluies et les inondations qui en découlent vont répandre des déchets humains non gérés et créer un risque de maladie. Les habitations de nombreuses personnes dans les zones rurales et dans les villes, en particulier dans les quartiers pauvres, risquent d'être inondées pendant des mois. Et puis il y a ceux qui vivent dans des maisons flottantes le long des rivières et sur les lacs, notamment le lac Tonlé Sap, le plus grand lac d'eau douce d'Asie. 

General view of the Phat Sanday floating village, Sturng Sen River, Tonle Sap Lake, Cambodia, Feb 2017
WaterAid/Laura Summerton

Un environnement difficile pour l'assainissement

Pour que le Cambodge atteigne l'objectif du gouvernement d'un accès universel à l'assainissement d'ici 2025, les personnes vivant dans ce type de zones ont besoin de solutions pérennes. Au Cambodge, on estime que 25 à 45 % de la population vit dans des «environnements difficiles » tels que les villages flottants. Ces zones sont souvent habitées par les personnes les plus pauvres qui n'ont pas les moyens de posséder des terres. On s'attend à ce que ces populations augmentent, notamment dans les villes, car la migration des pauvres se poursuit. Le Cambodge n'est pas le seul pays à connaître ce type de quartier informel : on en trouve dans de nombreux pays, comme le Myanmar, la Malaisie, le Nigeria et l'Indonésie.

Étant donné que WaterAid met l'accent sur l'équité et l'inclusion, ces populations ont attiré notre attention au cours de notre première année de travail au Cambodge. WaterAid s'est associée à une entreprise sociale appelée Wetlands Work!  pour tester une solution possible, HandyPod sur le lac Tonlé Sap.

Lorsque les habitants des villages flottants du lac, dont le nombre dépasse largement les 100 000, ont besoin d'aller aux toilettes, ils prennent un bateau pour se rendre dans un endroit isolé du lac, se rendent dans la forêt environnante ou, la nuit, s'accroupissent sur le côté de leur maison flottante. Cette même eau autour des maisons est utilisée pour laver la vaisselle et les vêtements. Les jeunes enfants s'y baignent.

Présentation : le HandyPod

Il a fallu des années à Wetlands Work! pour concevoir, tester et redessiner le HandyPod. Ressemblant à un jardin flottant, ou à une pataugeoire d'enfant avec un jardin à l'intérieur, il contient une zone humide artificielle remplie de jacinthes d'eau. 

Dans ce système, une toilette classique en porcelaine située à l'arrière d'une maison flottante est reliée à un tambour où a lieu le processus anaérobie (sans oxygène). De là, les déchets passent dans le HandyPod flottant à proximité, où les racines des jacinthes d'eau décomposent davantage les déchets avant qu'ils ne soient rejetés dans le lac. Wetlands Work! prélève régulièrement des échantillons d'eau dans la zone autour des pods, afin de s'assurer que la qualité est conforme aux normes cambodgiennes.

Passage à l'échelle

L'année dernière, WaterAid a établi un partenariat avec Wetlands Work! avec le financement de Grands Défis Canada, afin de voir si la méthode HandyPod peut être mise à l'échelle en utilisant les approches fondées sur le marché qui se sont avérées si efficaces dans les environnements terrestres au Cambodge. Cette enquête implique un travail sur la demande et l'offre. 

Côté demande, il faut notamment convaincre les gens de payer pour des toilettes, car déféquer dans le lac est gratuit. Parmi les méthodes à tester figurent les techniques d'assainissement total dirigées par la communauté, qui fonctionnent bien au Cambodge sur la terre ferme. Côté offre, il est prévu que les entreprises locales vendent des HandyPods et proposent un service d'installation. L'un des principaux défis à relever est la chaîne d'approvisionnement en matériaux nécessaires à la fabrication des HandyPods dans ces endroits relativement éloignés.

Le projet en marche

Après des recherches sur le comportement des consommateurs et les entreprises locales, le projet passe à la première phase de promotion et de vente. Nous espérons que cela coïncidera avec la fin de la principale saison de pêche, lorsque les habitants des villages du lac auront suffisamment d'argent pour investir dans des toilettes.

Pendant ce temps, dans la capitale Phnom Penh, le ministère du Développement rural et les organisations travaillant dans le domaine d'eau, d'assainissement et d'hygiène (EAH) sont en pleine préparation du tout premier plan d'action national du Cambodge sur l'EAH en milieu rural qui vise à fournir un accès universel d'ici 2025. WaterAid participe activement à ces discussions et veille à ce que ces « environnements difficiles » soient pris en compte de manière adéquate. 

WaterAid est également membre fondateur d'une nouvelle initiative sur l'assainissement dans les environnements difficiles, un groupe d'organisations qui partagent leurs connaissances et expériences sur les solutions d'assainissement possibles pour les populations marginalisées. Nous espérons que nos expériences pratiques sur le lac influenceront ces processus au niveau national, pour que le gouvernement et le secteur privé puissent appliquer les solutions aux communautés vivant dans des environnements difficiles dans tout le pays. 

Retrouvez James Wicken sur Twitter : @jameswicken