Le secteur de l'assainissement : beaucoup de passion, alors que manque-t-il ?

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WaterAid/Adam Ferguson

Un an après que les Nations unies aient inscrit l'engagement d'assurer un accès universel à l’assainissement dans les objectifs de développement durable, Ada Oko-Williams, de WaterAid UK, réfléchit aux changements que le secteur doit apporter pour que cela devienne réalité.

La passion des professionnels de l'assainissement dans le combat pour un accès universel à des toilettes décentes d'ici 2030 nous a permis de faire un grand pas en avant. En affichant publiquement et abondamment notre enthousiasme pour cette cause, en faisant campagne pour qu'elle soit prise en compte par les plus hautes instances, nous avons fait tomber les obstacles et apporté de la dignité à la question d'excréments. Nous avons inscrit la défécation en plein air dans les objectifs des Nations unies et dans les documents de santé publique des ministères et des agences.

Mais nous avons encore un long chemin à parcourir pour atteindre notre objectif d'accès universel. Le rapport commun JMP souligne clairement qu'entre 1990 et 2015, l'accès mondial à l'assainissement n'a augmenté que de 13,8 % (JMP).

2,3 milliards de personnes ne peuvent encore que rêver des toilettes pour déféquer dans la dignité, qui les protégeraient de la maladie ou de la mort et contribueraient à réduire la pauvreté. En tant que professionnel de l'assainissement, je réfléchis et me demande chaque jour : comment pouvons-nous faire mieux ? Que pouvons-nous offrir de plus pour des meilleurs résultats ? Que pouvons-nous faire de plus pour susciter l'enthousiasme et atteindre les objectifs ?

Je suis convaincue que nous devons accélérer le rythme et la cadence pour que le secteur connaisse l'évolution et les progrès tant attendus : l'accès à un assainissement durable pour tous d'ici 2030. Mais comment s'y prendre ? Qu'est-ce que nous pouvons faire de plus ? Que pouvons-nous changer ?

Comment accélérer les changements ?

Nous comprenons déjà que nos réponses et nos approches doivent être multidisciplinaires et multidimensionnelles. Nous favorisons l'interaction entre nos priorités qui consistent à : changer les politiques, développer les approches, les technologies et les financements adéquats, renforcer les capacités, comprendre les personnes avec lesquelles nous travaillons et veiller à ce que tout soit contextualisé. Les interventions et les réponses doivent refléter les réalités des personnes et des lieux où elles sont mises en œuvre. Nous devons être attentifs à la manière de parvenir à un équilibre délicat tout en recherchant des solutions évolutives car il n'existe pas de solutions générales.

Nous comprenons l'importance d'un secteur bien coordonné et renforcé. Or, il existe une masse critique qui est souvent oubliée et négligée : les travailleurs de l'assainissement, les personnes qui travaillent pour le secteur. Nous avons besoin du personnel toujours plus nombreux et mieux soutenu, surtout dans les domaines prioritaires.

Les pays développés disposent d'une armée croissante de travailleurs de l'assainissement à l'échelle mondiale et au sein des principales organisations internationales et agences de développement. C'est une évolution très positive car elle contribue à une meilleure compréhension des problèmes dans les pays développés. Cela conduit à une volonté politique accrue à ce niveau, qui influence et informe les activités (menées et soutenues par les donateurs) dans les pays en développement.

Mais les moyens déployés là où le besoin s'en fait sentir sont beaucoup plus faible que dans les pays développés. Par exemple, l'adhésion à SuSanA (Sustainable Sanitation Alliance), un réseau de professionnels de l'assainissement, montre clairement les disparités en matière de connaissances et d'expertise entre les pays en développement et les pays développés.

Les travailleurs sur le terrain sont-ils le chaînon manquant ?

Ma récente visite au Nigeria a confirmé ce constat. Dans l'un des États où WaterAid travaille en partenariat avec le gouvernement, il a été signalé qu'un embargo sur le recrutement des agents d'hygiène du milieu, également connus sous le nom d'agents sanitaires, était en vigueur depuis plus de dix ans. Par conséquent, au sein de cette administration locale, l'agent sanitaire le moins gradé est au grade 15, soit l'équivalent d'un directeur et deux échelons en dessous du grade le plus élevé de la fonction publique. Cela implique qu'il n'y a pas de simples soldats. L'agent de niveau 15 n'est pas un agent de base qui travaille dans et avec les communautés pour veiller à ce qu'elles atteignent leurs objectifs en matière d'assainissement. Il manque des unités d'hommes et de femmes formés, motivés, capables de comprendre et passionnés par le soutien aux communautés dans la réalisation d'un assainissement durable.

Il s'agit, je l'espère, d'un cas isolé exclusif à cet État. Je ne peux pas prouver qu'il n'y ait pas de recrutement, de formation, d'équipement et de motivation systématiques des experts et des travailleurs de l'assainissement sur le terrain dans le monde entier. Mais je continue à chercher des endroits où cela se fait de manière systématique et où le problème n'existe pas.

Piètre assainissement à Ifelodun, Lagos, Nigeria.
Piètre assainissement à Ifelodum, Nigeria.
WaterAid/Tom Saater

Comment pouvons-nous combler ce fossé ?

Nous devons comprendre comment les agents d'assainissement, les travailleurs de santé communautaire et les agents d'hygiène du milieu peuvent être systématiquement formés et intégrés dans les systèmes gouvernementaux traditionnels. S'agit-il d'un chaînon manquant dans la chaîne de renforcement du secteur ? Comment les organisations internationales de développement peuvent-elles cibler délibérément les agents d'assainissement au sein des institutions et des systèmes, en renforçant leurs capacités et en les aidant à se développer, plutôt que de créer des systèmes parallèles et des équipes spécialisées pour soutenir la mise en œuvre de « nos » projets ?

Comment permettre au personnel sanitaire d'être sous les feux de la rampe ? En tant que secteur, nous devons marquer le pas et comprendre que, quelle que soit l'importance que nous accordons à notre cause dans l'agenda mondial, nous ne verrons que de faibles progrès en matière d'accès si nous n'augmentons pas les capacités et les moyens sur le terrain. Nous devons combler le fossé et mener à bien notre mission.

Retrouvez Ada Oko-Williams sur Twitter : @AdaOWillis