Urgence : pourquoi investir dans l'eau, l'assainissement et l'hygiène est crucial pour une reprise économique saine et respectueuse de l'environnement

5 min read
WaterAid/Joey Lawrence

La pandémie de COVID-19 a montré que de mauvaises conditions sanitaires dans une partie du monde peuvent avoir des répercussions rapides et durables dans une autre. WaterAid présente ici les arguments économiques en faveur de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, et montre comment de tels investissements peuvent offrir des avantages économiques, environnementaux et sanitaires durables qui permettent aux communautés de réagir et de s'adapter aux nouvelles menaces.

L'impact mondial tragique de la pandémie de COVID-19 sur la santé et le bien-être façonnera la décennie actuelle. Si les leaders mondiaux des gouvernements, des entreprises et de la société civile sont actuellement occupés à rendre rapidement les vaccins disponibles dans le monde entier, ils doivent également s'assurer que la reprise économique après la pandémie sera saine, inclusive et durable. L'investissement dans les secteurs de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène, et l'accès universel à ces services tel que défini dans l'Objectif de développement durable 6 devraient être au cœur de cette démarche.

Un nouveau rapport de WaterAid et Vivid Economics, « Mission essentielle : investir dans l'eau, l'assainissement et l'hygiène pour une reprise économique saine et respectueuse de l'environnement », met à jour les recherches et analyses précédentes sur les coûts et les avantages de l'investissement dans l'eau, l'assainissement et l'hygiène dans les pays en développement. Il montre également pourquoi des services durables sont indispensables pour améliorer la situation environnementale, économique et sanitaire des individus et des communautés, et ainsi permettre aux économies de réagir et de s'adapter aux nouvelles menaces.

Le rapport confirme les multiples avantages de l'accès universel à des services d'eau, d'assainissement et d'hygiène sûrs, comme le déblocage de milliers de milliards de dollars de valeur au cours des deux prochaines décennies. Par exemple, on estime que fournir un accès universel à des services d'assainissement et d'approvisionnement en eau gérés en toute sécurité pourrait générer des bénéfices nets de 86 milliards de dollars par an et 37 milliards de dollars par an respectivement entre 2021 et 2040.

Les résultats en matière de santé seraient également améliorés par la réduction des cas de maladies diarrhéiques, de parasites vermiformes, de déshydratation, de résistance aux antimicrobiens et d'anxiété mentale. Les résultats environnementaux seraient améliorés par la réduction de la pollution et de la contamination des terres et des ressources en eau. Les résultats sociaux et économiques seraient également améliorés en réduisant le temps nécessaire à la collecte de l'eau, ce qui améliorerait la productivité et augmenterait les possibilités d'économie circulaire. En fait, il est démontré que l'accès à des services d'eau, d'assainissement et d'hygiène de base gérés en toute sécurité et résilients au changement climatique apporte des bénéfices nets significatifs, comme le montre le diagramme ci-dessous.

Economic case for WASH

La protection des infrastructures d'eau et d'assainissement contre les inondations s'avère également très efficace : chaque dollar dépensé pour garantir la résilience de ces infrastructures aux inondations peut permettre d'éviter au moins 62 dollars de coûts de restauration et de prévenir la contamination des sources d'eau potable, qui peut être mortelle. Cela démontre à quel point de tels investissements sont essentiels pour renforcer la résilience climatique.

Le rapport place également les investissements dans les secteurs de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène dans le contexte des récessions économiques auxquelles sont confrontés la plupart des pays en développement à la suite de la pandémie de COVID-19. Il démontre ainsi que le financement des infrastructures d'eau et d'assainissement peut être ponctuel, temporaire, ciblé et transformationnel, répondant ainsi aux quatre critères établis pour que les investissements soient des mesures de relance efficaces et respectueuses de l'environnement.

Les études de cas de Burie en Éthiopie et de Shyamnagar au Bangladesh analysent les interventions récentes du programme au niveau local. Elles montrent comment les programmes dans le domaine de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène font gagner du temps aux gens, améliorent leur santé et présentent plusieurs autres avantages économiques et environnementaux. Les études de cas montrent également comment ces programmes et leurs résultats peuvent renforcer la résilience des communautés marginalisées face au changement climatique et offrir des avantages spécifiques aux femmes et aux filles. Ensemble, l'analyse globale et les études de cas démontrent comment des services d'eau, d'assainissement et d'hygiène sûrs et résilients au climat sont indispensables pour le Programme de développement durable à l'horizon 2030. En résumé, si l'ODD 6 n'est pas atteint, nous ne parviendrons pas non plus à réaliser les Objectifs mondiaux 1 (pauvreté), 3 (santé), 4 (éducation), 5 (équité des sexes), 8 (travail décent), 10 (réduction des inégalités), 11 (villes), 12 (consommation responsable) et 14 (mers et océans).

La pandémie de COVID-19 a montré que de mauvaises conditions d'assainissement dans une partie du monde peuvent avoir des répercussions mondiales rapides et durables. Pourtant, d'après les derniers chiffres du Programme commun OMS-UNICEF de surveillance, 3,6 milliards de personnes dans le monde n'ont pas accès à un assainissement géré de manière sûre et 2,3 milliards ne bénéficient pas de services d'hygiène de base, deux éléments essentiels pour prévenir la propagation des infections.

Il n'est pas possible de revenir au statu quo d'avant la pandémie. Le rapport « Mission essentielle » invite les dirigeants au sein des gouvernements, des entreprises, des organisations internationales, de la société civile du monde entier à changer leurs priorités et à mettre fin aux dépenses militaires excessives, au financement des missions spatiales vers Mars ou l'exploitation des combustibles fossiles. Cet appel à l'action encourage également les dirigeants de l'hémisphère Nord comme de l'hémisphère Sud à investir dans ce qui compte vraiment : les droits fondamentaux des milliards de personnes dans le monde qui sont actuellement privées d'accès à l'eau potable, à l'assainissement et à l'hygiène. Il est temps de faire passer l'intérêt commun avant l'intérêt personnel.

  • John Garrett est Analyste principal des politiques de WaterAid - Financement du développement
  • Hossain Ishrath Adib est Directeur des programmes de WaterAid Bangladesh
  • Tseguereda Abraham est Responsable du plaidoyer et du renforcement du secteur à WaterAid Éthiopie