Qu'est-ce que l'adaptation au niveau local et pourquoi est-elle importante pour l'eau, l'assainissement et l'hygiène ?

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Gita Roy (38 ans) inspecte le réservoir de stockage de l'eau de l'installation d'osmose inverse. Elle est cheffe de Golap Dol, village de Tengrakhali, Kadakati, Assasuni, district de Satkhira, division de Khulna, Bangladesh, 2021
Image: WaterAid/ Drik/ Farzana Hossen

Lors de la COP 27, de nombreux pays riches ont pris de nouveaux engagements pour augmenter le financement de l'adaptation, notamment celle menée au niveau local, qui est essentielle pour ceux qui subissent déjà les effets du changement climatique. Adnan Ibne Abdul Qader explique ici comment la prise de décision au niveau local peut contribuer à garantir aux communautés vulnérables un accès à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène durable et résistant au climat.

La crise climatique est là. La planète s'est déjà réchauffée d'environ 1,1 °C depuis le XIXe siècle, et les sept années précédant 2021 ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Cette augmentation de la température mondiale a exposé les communautés de tous les continents à des risques climatiques plus fréquents, plus intenses et plus destructeurs, tels que des vagues de chaleur, des inondations, des cyclones et des pénuries d'eau.

Mais les personnes les plus impactées par le changement climatique – et qui y sont vulnérables de façon disproportionnée – sont souvent exclues des processus décisionnels cruciaux visant à y remédier. Ces processus, par exemple pour la conception de programmes d'adaptation, ont tendance à adopter une approche descendante, le gouvernement central ou les plus grands investisseurs prenant les décisions tandis que les petites organisations sont exclues de l'équation ou n'ont pas accès au financement.

Pourtant, la prise de décision au niveau local favorise la démocratie participative et permet à la population qui vit sur place d'être représentée et incluse dans les décisions relatives aux services publics, à la planification et au développement, mais aussi de s'impliquer dans leur application. L'approche participative de WaterAid, par exemple, garantit une approche inclusive et ascendante où les personnes situées en bas de l'échelle de prise de décision peuvent faire entendre leur voix. Les acteurs locaux ont plus de pouvoir et de ressources pour participer au processus d'élaboration des mesures d'adaptation au climat nécessaires dans leurs propres communautés. Ce mode de fonctionnement peut générer des politiques et des résultats plus efficaces et équitables, mais aussi ouvrir la voie à plus de justice climatique.

Les principes de l'adaptation au niveau local

La Commission mondiale sur l'adaptation (CMA) a élaboré huit principes pour faire de la communauté une priorité et renforcer la prise de décision au niveau local en matière d'adaptation au changement climatique. En novembre 2022, plus de 100 organisations – dont l'Agence française de développement, le Forum de la Vulnérabilité Climatique et la CCNUCC – les avaient déjà approuvées. Ces huit principes sont les suivants :

  • Déléguer la prise de décisions au niveau approprié le plus près du terrain
  • Combattre les inégalités structurelles qui touchent les femmes, les enfants, les personnes handicapées, les réfugiés, les populations autochtones et les groupes ethniques marginalisés
  • Fournir un financement patient et prévisible auquel il est possible d'accéder plus facilement
  • Investir dans les capacités locales pour laisser un héritage institutionnel
  • Construire une compréhension solide du risque et de l'incertitude climatiques
  • Programmer et apprendre de manière flexible
  • Assurer la transparence et la redevabilité
  • Promouvoir l'action et l'investissement collaboratifs
Community members from the village of Satala in Zinder, Niger, inspect documents related to a community-led project to restore the village's natural ponds.
Community members from the village of Satala in Zinder, Niger, inspect documents related to a community-led project to restore the village's natural ponds. Image: WaterAid/ Basile Ouedraogo

Pourquoi l'adaptation au niveau local est-elle importante pour l'eau, l'assainissement et l'hygiène ?

L'accès à l'eau, l'assainissement et l'hygiène (EAH) apporte non seulement des changements positifs aux communautés vulnérables, mais les aide également à faire face aux effets du changement climatique. Souvent, les installations traditionnelles ne peuvent pas être utilisées pendant ou après un sinistre climatique. Les sécheresses peuvent provoquer l'assèchement des puits, ce qui signifie que les communautés ne disposent pas d'eau propre pour boire, se laver ou se nettoyer. De leur côté, les inondations peuvent provoquer le débordement des latrines à fosse, répandant les déchets humains dans l'environnement.

Les installations existantes doivent non seulement être rendues résistantes au climat, mais aussi compléter les besoins et de la communauté et adhérer à ses efforts en faveur de la durabilité à long terme.

C'est pour aller dans ce sens que les dispositifs comme les filtres à sable pour étangs sont progressivement équipés d'une alimentation solaire pour améliorer leur efficacité, et que des formations relatives à l'exploitation et la maintenance sont prodiguées pour garantir que les initiatives sont menées au niveau local et les pérenniser.

Cependant, le renforcement de la résilience des systèmes d'eau, d'assainissement et d'hygiène ne se limite pas à la construction d'infrastructures capables de résister aux cyclones ou aux raz-de-marée : la question du leadership des communautés locales est aussi primordiale.

Il est donc essentiel que les populations locales aient la possibilité de mener l'introduction ou l'amélioration de services EAH résilients au climat dans leur communauté. Mais cela est plus facile à dire qu'à faire, car une série d'obstacles, tels que les barrières sociales et politiques, ainsi que la décentralisation des finances et du pouvoir au niveau local, sont complexes et difficiles à surmonter. Toutefois, certaines approches changent petit à petit la donne.

L'eau au service de l'autonomie des femmes

Au fil des ans, WaterAid a développé des pratiques axées sur la communauté, conformément aux principes de l'adaptation au niveau local : un exemple salué par la Commission mondiale sur l'adaptation est le groupe Golap Mohila Dal et sa solution à la crise de l'eau potable dans la région côtière du Bangladesh.

Dirigé par Gita Roy, le Golap Mohila Dal – que l'on peut traduire par « Groupe de femmes roses »– gère avec succès une usine d'osmose inverse dans la ceinture côtière du Bangladesh depuis 2019. Fatiguée de marcher pendant des heures chaque jour pour trouver de l'eau potable, Gita souhaitait améliorer l'approvisionnement en eau potable dans son village. Elle a demandé l'aide de WaterAid et de Severn Trent Water, qui mettaient en place trois usines d'osmose inverse et des structures d'approvisionnement en eau et d'assainissement dans sa communauté. Après avoir reçu une formation dans le cadre de l'approche WE-WE, qui vise à émanciper les femmes grâce à l'entreprenariat de l'eau, Gita et un comité de femmes ont pris l'initiative de gérer et d'entretenir l'une des usines d'osmose inverse, et élaboré des plans d'activités pour vendre l'eau à la communauté locale à un prix abordable. La réussite fut au rendez-vous : le groupe Golap Mohila Dal assure non seulement la durabilité à long terme de la technologie, mais a également permis aux femmes du comité de devenir des modèles et des chefs d'entreprise au sein de leur communauté.

Gita Roy discusses the business plan for the reverse osmosis plant she manages with other members of Golap Dol's all-woman committee.
Gita Roy discusses the business plan for the reverse osmosis plant she manages with other members of Golap Dol's all-woman committee. Image: WaterAid/ Drik/Farzana Hossen

Les leçons de l'adaptation au niveau local

Il est important d'apporter des changements fondamentaux à la manière dont les plans et les programmes d'adaptation au climat sont mis en œuvre. L'adaptation menée au niveau local peut changer la donne, et pas seulement pour les communautés ou les organisations qui guident le changement. Cela implique de ne plus considérer les communautés vulnérables comme de simples victimes ou « bénéficiaires » ayant besoin d'une aide venant d'en haut, mais au contraire de les traiter comme des acteurs du changement à part entière, qui savent mieux que quiconque ce qu'il faut faire. Pour soutenir ces populations, il est d'abord primordial de les écouter.

Un bon partage du savoir peut garantir l'efficacité de l'adaptation au niveau local. Nous ne pouvons plus travailler en vase clos, ni sous-exploiter les données scientifiques. Les experts de l'adaptation doivent avoir accès aux informations scientifiques les plus récentes sur les risques climatiques dans chaque zone géographique et, dans le même temps, ils doivent consigner les enseignements pratiques qu'ils tirent de la mise en œuvre des plans d'adaptation.

La dernière priorité est de concevoir des plans d'investissement à long terme pour les mesures d'adaptation au lieu de se concentrer uniquement sur des projets à courte échéance. Cela nécessite une approche programmatique et innovante à plus long terme de la part des bailleurs de fonds. L'Accélérateur de la résilience des services d'eau, une coalition qui vise à stimuler le financement climatique afin de renforcer la résilience climatique de 50 millions de personnes grâce à des ressources et des services d'eau propres et fiables, est un bon exemple de ce type d'approche. Par ailleurs, même en cas de financement à court terme, l'accent doit être mis sur l'inclusion sociale et les approches à l'échelle du marché afin que les communautés puissent continuer à s'adapter aux effets du changement climatique après la fin du projet.

Image du haut : Gita Roy inspecte le réservoir de stockage de l'eau de l'installation d'osmose inverse, dont elle assure la gestion, dans le village de Tengrakhali, Khulna, Bangladesh.