Se faire le défenseur du changement de comportement en matière d'hygiène en Afrique du Sud

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21 November 2017
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WaterAid/Sam James

Le simple fait de se laver les mains avec du savon peut prévenir les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires, mais de nombreuses personnes ne le font toujours pas. Comment pouvons-nous aider les gouvernements à changer cela ? Sakhile Khaweka, responsable du soutien régional de WaterAid pour l'Afrique australe, décrit les progrès réalisés par l'Afrique du Sud en matière de priorité à l'hygiène et suggère comment les partenaires peuvent aider.

Le lavage des mains au savon est le moyen le plus efficace de prévenir la diarrhée, il peut réduire le taux de près de 40 % et celui des maladies respiratoires aiguës jusqu'à un quart. Pourtant, peu de gens le font.

Les dangers de ne pas se laver les mains sont énormes. Les maladies diarrhéiques sont la troisième cause de mortalité des enfants de moins de cinq ans et contribuent largement à la malnutrition et au retard de croissance. Il s'agit d'un énorme problème de santé publique. Le simple fait de se laver les mains offre la possibilité d'avoir un impact considérable sur la santé publique et de faire économiser à nos gouvernements l'argent dépensé pour le traitement des maladies. Alors comment pouvons-nous faire du lavage des mains un élément normal de la vie ?

Pour prendre une habitude, les gens ont besoin des éléments de base

Selon le Programme commun de surveillance, l'Afrique du Sud a atteint un taux d'accès à l'eau de base de 85 %, ce qui est supérieur à la cible des objectifs du Millénaire pour le développement. Mais cela laisse beaucoup de gens de côté. Beaucoup vivent dans des zones où le risque de contracter des maladies liées à l'eau, à l'assainissement et à l'hygiène (EAH) est encore élevé car il n'y a pas d'accès à l'eau potable ou à des toilettes adéquates, et les habitudes en matière d'hygiène sont mauvaises.

Par conséquent, le pays présente des taux de mortalité infantile et juvénile élevés. En 2014, le ministère sud-africain de la Santé (le NDH) a donc lancé un programme visant à intensifier les efforts pour une hygiène améliorée, l'une des interventions identifiées pour réduire cette mortalité et cette morbidité. Dans un premier temps, il fallait déterminer où se trouvaient les obstacles.

Trouver les obstacles

Afin de trouver les racines des problèmes d'accès à des services WASH sûrs, le NDH, soutenu par l'UNICEF, a effectué une analyse des obstacles aux services WASH en utilisant l'outil d'analyse WASH-BAT. Ils ont identifié les obstacles suivants :

  • Faiblesse de la direction et de la coordination, entraînant un travail en silos et un manque de collaboration intersectorielle. 
  • Des théories qui supposent que l'éducation à la santé est le principal moteur du changement des comportements en matière d'hygiène, plutôt que des messages constants et d'autres approches innovantes et plus holistiques pour influencer le changement des comportements.
  • Une allocation budgétaire insuffisante et non contrôlée entre les secteurs pour l'hygiène, non prioritaire dans l'allocation des ressources.
  • Aucun système de suivi opérationnel pour saisir les prestations en matière d'hygiène et de lavage des mains et pour suivre les progrès réalisés en vue d'améliorer la qualité des services et le changement des comportements.
  • Absence d'objectifs nationaux convenus en matière d'hygiène, ce qui limite la planification et la redevabilité de l'exécution.
  • Manque de capacités des travailleurs de première ligne (communauté) en matière de changement des comportements.
  • Absence d'une base de preuves nationale sur l'hygiène pour soutenir les programmes et les initiatives.

Les gouvernements doivent donner la priorité à l'hygiène

Sur la base des obstacles identifiés et des actions requises, une action clé du NDOH a été l'élaboration d'une stratégie nationale de changement des comportements en matière d'hygiène des mains, 2016‑2020. Cette stratégie vise à fournir un cadre pour faire progresser l'hygiène du lavage des mains dans le pays par une action multisectorielle, pour la prévention et la réduction des décès dus à la diarrhée dans le pays, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans.

Une autre recommandation de l'analyse est de créer un comité national de coordination de l'hygiène incluant différentes parties prenantes du secteur WASH. L'objectif de ce comité est d'assurer une meilleure coordination des initiatives de promotion de l'hygiène et du lavage des mains dans le pays, et de faciliter la mise en œuvre des composantes d'hygiène de l'Objectif de développement durable (ODD) pour améliorer les résultats en matière de santé. Le gouvernement sud-africain a invité WaterAid à rejoindre ce comité, dont Elijah Adera, responsable de programme régional, et moi-même sommes membres.

Le comité a organisé le premier Symposium national sur l'hygiène à Pretoria en août, au nom des ministères de la santé, de l'éducation de base et de l'eau et de l'assainissement, en partenariat avec WaterAid Afrique australe, l'UNICEF et la South African Local Government Association (SALGA). Cet événement intersectoriel de grande envergure a rassemblé des participants, notamment des parties prenantes, des hauts fonctionnaires, des ONG, le secteur privé et des universitaires.

L'objectif était de rassembler des exemples concrets de changements des comportements réussis en Afrique du Sud et dans le monde, et de partager l'analyse des obstacles et ses recommandations pour la fourniture de services d'hygiène et de comportements efficaces et durables en Afrique du Sud. C'était également l'occasion de lancer la campagne de lavage des mains en vue de la Journée mondiale du lavage des mains, date à laquelle le gouvernement lancera la stratégie nationale de changement des comportements en matière d'hygiène des mains 2016‑2020. Le Symposium a été pour nous une excellente plateforme pour collaborer avec le gouvernement sud-africain afin de contribuer à un réel changement.

Comment pouvons-nous soutenir les gouvernements réactifs et volontaires pour atteindre leurs objectifs en matière d'hygiène ?

Notre objectif est de persuader les gouvernements de donner la priorité au secteur WASH en le reconnaissant comme un droit humain, en lui allouant un budget plus important et en respectant les engagements régionaux et mondiaux. Comment ? Voici quelques idées :

  • Le secteur privé s'intéresse beaucoup au lavage des mains et à l'hygiène car cela contribue à la promotion de leurs produits sanitaires. Les agences de développement et les gouvernements peuvent en tirer profit en travaillant en partenariat avec le secteur privé pour promouvoir le changement des comportements en matière d'hygiène.
  • Nous pouvons fournir les preuves nécessaires à la planification des interventions pour les programmes.
  • Nous pouvons proposer des approches innovantes pour le changement des comportements en matière d'hygiène.

L'initiative sud-africaine n'aurait pas pu arriver à un meilleur moment. Elle est importante pour WaterAid en Afrique australe car notre principal changement stratégique dans la région est la priorité accordée à l'hygiène, et nous envisageons de grandes possibilités d'influencer l'hygiène dans d'autres pays et au niveau régional.

En Afrique australe, l'hygiène et l'assainissement sont toujours à la traîne, bien que l'accès à l'eau potable se soit amélioré dans certains pays. Le fardeau qui en résulte pour nos nations est inacceptable. Améliorer les habitudes en matière d'hygiène et veiller à ce que les populations aient les moyens de les maintenir permettrait de sauver d'innombrables vies : nous devons agir maintenant pour faire la différence.

Retrouvez Sakhile sur Twitter : @Sakhilek