Un financement efficace pour l'eau, l'assainissement et l'hygiène en Afrique

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WaterAid/Anna Kari

Le nouveau rapport de WaterAid, intitulé « Libérer les financements », est axé sur la capacité à utiliser les fonds disponibles en faveur de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène en Éthiopie, au Mozambique, au Rwanda, en Afrique du Sud et en Ouganda. John Garrett, analyste politique principal pour le financement du développement chez WaterAid, examine les facteurs qui, selon le rapport, sont essentiels au secteur WASH.

Près de deux milliards et demi de personnes sont toujours privées de leur droit humain à l'assainissement, et la cible, c'est-à-dire l'Objectif du Millénaire pour le développement (OMD), a été largement manquée. Dans ces conditions, il est impensable que les fonds disponibles pour lutter contre cette crise restent inutilisés, et pourtant c'est le cas dans de nombreux pays. Malgré les engagements et les allocations de nombreux gouvernements et institutions financières, les dépenses réelles sont souvent insuffisantes et ne parviennent pas là où on en a le plus besoin. Au début de l'Agenda 2030 pour le développement durable, il ne peut y avoir de tâches plus urgentes et plus importantes pour la communauté internationale que d'éliminer les obstacles empêchant une utilisation efficace des ressources dans le secteur de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène.

Le nouveau rapport de WaterAid Releasing the Flow, basé sur une recherche de Development Finance International, se concentre sur la capacité à utiliser les fonds disponibles pour l'eau et l'assainissement dans cinq pays d'Afrique sub-saharienne : l'Éthiopie, le Mozambique, le Rwanda, l'Afrique du Sud et l'Ouganda. La recherche suggère qu'un leadership efficace de la part du gouvernement (aux niveaux national, régional et local) est un facteur clé du succès. Toutes les études de cas montrent qu'une forte volonté politique s'est traduite par des actions positives en matière d'absorption des fonds, de transparence accrue et d'amélioration des services d'eau et d'assainissement. Parmi les autres facteurs critiques, citons la disponibilité de ressources humaines qualifiées, l'équilibre entre le financement récurrent et le financement en capital pour le gouvernement local, et la qualité de la coordination et de la communication entre les principales parties prenantes.

Compétences spécialisées et financement équilibré

Les districts doivent disposer d'un personnel suffisant possédant les compétences techniques appropriées pour organiser les achats et les appels d'offres, évaluer les offres des entreprises privées et gérer les contrats. Des ingénieurs qualifiés, des scientifiques de l'eau, des techniciens, des artisans, des opérateurs d'usine et des inspecteurs sanitaires ; autant de fonctions nécessaires pour la mise en œuvre des plans et la gestion opérationnelle. Le manque de l'un ou l'autre de ces spécialistes entraîne un goulot d'étranglement dans l'absorption financière, la réalisation des projets et la gestion durable des services. Si les gouvernements décentralisent trop rapidement, ou s'ils ne décentralisent pas les budgets nécessaires, cela augmente considérablement la pression sur les districts et leur capacité à gérer un service efficace et dynamique.

Le rapport montre qu'un déséquilibre dans le type de financement disponible pose également des problèmes majeurs. La faiblesse des budgets récurrents (pour les salaires, les traitements et les activités opérationnelles) a un impact sur la capacité des districts en Éthiopie et en Ouganda à attirer et à conserver un personnel de qualité, en particulier dans les zones rurales. En Afrique du Sud, le nombre d'ingénieurs pour 100 000 habitants est passé de 20 en 1994 à trois. Le manque de fonds récurrents a retardé l'inspection et la supervision des budgets d'infrastructure au Mozambique, retardant ainsi le déblocage des fonds ultérieurs. Le déséquilibre entre les budgets récurrents et les budgets d'investissement est souvent aggravé, dans les pays dépendants de l'aide, par le fait que les bailleurs de fond et les créanciers fournissent leur financement presque entièrement sous forme de capital.




Coordination pour l'absorption

La coordination entre les gouvernements nationaux et les bailleurs de fond est particulièrement importante pour garantir un taux élevé d'absorption des fonds de ces derniers. Les différences entre les années fiscales du gouvernement et des bailleurs de fond, comme au Rwanda, ou dans les processus de déblocage et d'approvisionnement, peuvent créer une confusion au niveau régional ou local. En Éthiopie, la Banque mondiale, le DFID, la BAD et l'UNICEF avaient l'habitude d'acheminer leurs fonds par des voies distinctes, chacune ayant ses propres exigences en matière de passation de marchés et de rapports. Les améliorations majeures apportées à l'absorption financière dans le cadre de l'approche sectorielle (SWAp) ont permis d'harmoniser les flux de financement des bailleurs de fond et du gouvernement et de réduire la charge de la conformité pour les régions et les districts.

Le partenariat Assainissement et eau pour tous a identifié quatre façons dont les pays en développement et les bailleurs de fonds peuvent améliorer leur collaboration et se développer plus efficacement. Ces moyens sont en forte résonance avec les résultats de cette nouvelle recherche et, s'ils sont adoptés, ils pourraient contribuer de manière significative à une utilisation plus efficace des fonds disponibles. Dans un monde qui cherche à changer radicalement le volume du financement du développement et du climat, ces comportements devraient s'avérer essentiels à la réussite de l'Agenda 2030. Ils sont présentés ci-dessous : 
 

Renforcer le leadership du gouvernement dans les processus de planification sectorielle ; Renforcer et utiliser les systèmes nationaux ; Utiliser une plateforme unique d'information et de redevabilité mutuelle ; Élaborer des stratégies durables de financement du secteur de l'eau et de l'assainissement.

Retrouvez John Garret sur Twitter : @johngarre